Hamlet est mort. Gravité Zéro

De Ewald Palmetshofer – Mise en scène Valérie Antonijevich

 

LA PIECE EN QUELQUES MOTS

Hamlet est mort. Gravité zéro articule, par le biais d’une écriture contrapuntique, la narration de trois faits divers intimement liés, des meurtres commis au sein de deux familles. Les personnages directement impliqués ou témoins défendent leur version des faits, autant d’interprétations motivées par un sentiment de culpabilité et par la nécessité qu’éprouve chacun de se justifier. Le récit de ces meurtres est le prétexte pour Palmetshofer de dresser un portrait corrosif de la classe moyenne embourbée dans le conservatisme et l’immobilisme provincial. Le drame précède le commencement de la pièce. Tout est déjà joué en quelque sorte. Tout, sauf l’après. Les personnages apparaissent dans une atmosphère chargée et peinent à commencer sous le poids de l’implacable question : « Comment a-t-on pu en arriver là ? » Question qui compromet à jamais la tranquillité de l’à venir. Cette interrogation force les protagonistes à mettre à jour ce qui devait rester dans l’ombre, ce qui devait être tu.

RESUME

“ Les vieux fêtent leur anniversaire et les jeunes on les enterre ” répète Caro – la mère – comme un leitmotiv.
C’est l’anniversaire de la grand-mère, 95 ans. Mani et Dani, les enfants, viennent chez leurs parents (Caro et Kurt) pour le fêter. La date coïncide avec l’enterrement de Hannes, leur ami d’enfance tué par son père qui a ensuite retourné l’arme contre lui. Au cimetière, ils tombent sur Oli et Bine avec qui – dans le passé – ils formaient un quatuor inséparable. Oli et Bine sont aujourd’hui mariés. Les axes ont tourné. La mort de Hannes, l’anniversaire de l’aïeule, les retrouvailles entre vieux amis vont dynamiter les façades qui dissimulent les réalités humaines.

L’AUTEUR, EN BREF

Ewald Palmetshofer développe le concept du théâtre de l’interruption, notion qui structure son écriture dramaturgique. Il s’agit de suspendre nos représentations acquises du monde, celles que nous avons intégrées par l’éducation et que l’on admet comme des vérités sans jamais les mettre à distance ou les interroger. Ses personnages livrent un vrai combat avec les mots qu’ils plient et manipulent afin de dégager une interprétation toujours satisfaisante du réel, ce qui leur permet de se complaire dans leurs actes sans jamais avoir à remettre en cause leurs idées et comportements.

 

AVANT-PROPOS, VALERIE ANTONIJEVICH

J’ai découvert Hamlet est mort. Gravité zéro au Centre National du Théâtre par une lecture à haute voix faite avec des comédiens pour qui je cherchais un texte inédit à monter. J’ai immédiatement été sensible au langage du quotidien utilisé par Palmetshofer, à son écriture ciselée, rythmée, ponctuée qui orchestre la parole avec irruptions, télescopages, interruptions, reprises, répétitions, tics… D’autant que le style sert le propos, à savoir que les personnages sont pris dans une contradiction insoluble : dire quelque chose qu’ils ne peuvent pas dire. Cela a résonné fortement avec l’enjeu de parole, fondamental dans mon théâtre, et sans aucun doute dans ma vie également. Pourquoi « fermer sa gueule » alors que parler serait salvateur ? Qu’est-ce que la parole risque de compromettre ?